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    Ce site a été réalisé à l’occasion de la Rencontre Nationale sur la Silicose organisée par la Société Algérienne de Pneumophtisiologie "http://www.sante.dz/sapp/" en collaboration avec la Direction de la Santé et de la Population de la wilaya de Batna les 17-18 Avril 2008 sous le haut patronage de Mr le wali de la wilaya de Batna.

Presse

ALGERIAN STONE CARVERS - Artisans tailleurs de Pierre Algériens.

Dr Hamizi Ali (Djamel)

Spécialiste en Médecine Interne Option Pneumophtisiologie
Cabinet Médical Allée Benflis, Batna. Algérie.

E.Mail : info@stonecarvers-dz.org                                                                                    

Le problème de la silicose observée chez les artisans tailleurs de pierre de la région de Tkout (Wilaya de Batna)  est une préoccupation de tous les médecins de la wilaya de Batna en particulier et des wilaya avoisinantes en général, en raison de sa fréquence, de la sévérité de ses formes et surtout de la mortalité importante enregistrée parmi cette catégorie de travailleurs. Une trentaine  de décès ont été malheureusement enregistrés ces trois dernières années et des dizaines de sujets sont hospitalisés dans différents hôpitaux du pays pour des complications liées à cette maladie. Les mauvaises conditions d’exercice de la profession de tailleur de pierre exposent  ces jeunes ouvriers au risque d’atteinte par la silicose.
Exerçant à Batna (Chef lieu de Wilaya à 96 Km de Tkout), je reçois régulièrement et depuis quelques années, comme tous mes confrères, ces jeunes artisans qui consultent pour des problèmes de santé liés à leurs conditions de travail. Natif de cette région et connaissant  tout les noms de famille de ces jeunes qui ont laissé leurs vies en exerçant ce métier, si ce n’est les personnes décédées elles même,  je me suis senti interpelé pour apporter ma modeste contribution en vue d’une réflexion globale pour  apporter des solutions appropriées à ce problème.La maçonnerie est un métier séculaire dans les Aurès.
Les montagnards de cette région d’Algérie ont  toujours construit leurs habitations de leurs propres mains à l’aide de la pierre.
Tout a commencé il y a une vingtaine d’année, raconte Ami Ahmed 57 ans, ayant à son actif 35 Ans de maçonnerie dont 23 Ans de taille de pierre,  par la construction de deux mosquées. L’une à Laksar (près de Tkout) et l’autre à Tkout même, en utilisant une pierre blanche friable extraite de Laksar. L’équipe de maçons ayant construit ces mosquées a été affectée par un entrepreneur connu de la région pour la construction d’une résidence officielle à Biskra en utilisant une pierre de même nature extraite de Baniane près de Biskra, puis à la réalisation d’une résidence pour le compte d’un particulier à Blida dans le même style. Un industriel d’Hussein-Dey à Alger aurait suggéré à ces maçons il y a une quinzaine d’années l’utilisation de la tronçonneuse pour la découpe de la pierre servant à la décoration de sa résidence dans un souci de gain de temps. La taille de la pierre à l’aide de tronçonneuses,  a été par la suite progressivement introduite par les artisans tailleurs de pierre de Tkout dans leur métier.  Son développement a permis par la suite  la création de véritables formes artistiques servant à la décoration de façades d’habitations. Le recrutement de jeunes ouvriers se faisant parmi les proches ou les voisins, attirés par la recherche de travail et la demande de plus en plus croissante pour ce type d’ornement d’habitations. L’activité, devenue « très lucrative », pousse  des centaines de jeunes en quête de travail, ainsi que certains jeunes  à abandonner l’école pour exercer le métier de taille de pierre, Ces travailleurs sillonnent toute l’Algérie à la recherche de nouveaux chantiers de travail auxquels ils proposent leurs services. Actuellement des propriétaires de maisons attendent parfois pendant des mois pour que ces jeunes maçons procèdent au parement  de leurs habitations. Ami Ahmed, en bonne santé apparente, n’a jamais taillé la pierre à l’aide de la tronçonneuse. Lui, s’occupe plutôt de la pose de la pierre prédécoupée ou utilise le marteau pour tailler des formes régulières de pierre.   
Insouciant du danger auquel ils s’exposent en inhalant de fortes concentrations de poussières dégagées par la découpe et le ponçage de la pierre à l’aide de tronçonneuses ; sans aucune mesure de protection respiratoire collective ou individuelle ; ces artisans développent des formes particulièrement graves de silicose.
La pierre est, dans la grande majorité des cas, extraite de Yakourène  en Kabylie, rarement de Laksar (près de tkout), Baniane (près de Biskra), Tebessa, Tiaret et Saida. La pierre est acheminée vers les chantiers  par des réseaux de livraison organisés. La demande dépasse actuellement l’offre, ce qui augmente le prix de la réalisation et par conséquent le nombre de nouveaux recrus dans cette activité.
De jeunes maçons, notamment  en Kabylie ont, eux aussi appris le métier de taille de pierre et des cas de silicoses compliquées commencent, malheureusement, a y être enregistrés. Cette activité est appelée à se développer dans les années à venir  pour être pratiquée partout en Algérie.
Des milliers d’emploi directs et indirects sont actuellement générés par ce métier à travers tous le pays (maçonnerie d’art,  travaux de manutention, extraction de la pierre, transport….) dont  la sauvegarde est indispensable.
Il n’y a pas une seule ville en Algérie où l’on ne trouve pas de maisons dont les façades sont ornées par de la pierre taillée. Certaines  parmi elles sont de véritables chef- d’œuvres artistiques méritant d’être imitées. D’autres réalisations sont de moindre bonne qualité, la décoration est parfois surchargée  ne s’intégrant pas dans le cadre urbain. Une formation et un encadrement de ces jeunes en vue d’intégrer leur apport au cadre urbain et architectural est indispensable. Cela  permettra certainement d’améliorer et de développer cette activité et de créer de nouveaux emplois. Les entreprises publiques peuvent contribuer à l’essor de cette activité en l’intégrant de façon réglementée et encadrée par des architectes dans la réalisation d’édifices publiques.
L’exportation de ce savoir faire Algérien est une sérieuse perspective à explorer.    
Ces jeunes, auxquels il faut rendre un hommage particulier  pour avoir développé un métier ayant permis d’absorber une grande partie du chômage dans leur région, doivent être plutôt encouragés et soutenus pour sauvegarder ce métier.
Aussi, le débat sur ce problème doit –il porter  sur la prévention et les mesures de protection nécessaires à l’exercice de ce métier, ainsi que sur son organisation et sa réglementation, plutôt  que sur la maladie elle-même. Le traitement ne concerne que les complications de la maladie, car il n’existe pas de traitement curatif de la silicose.
Ce site web réalisé grâce à la précieuse assistance technique de la société SAADNET Algérie, est une modeste contribution de ma part pour mettre en valeur le métier de tailleurs de pierre développé par ces jeunes, montrer les mauvaises conditions de l’exercice de leurs métier et  la possibilité de le sauvegarder, de l’améliorer et de le développer. L’application de mesures de prévention collectives et individuelles universellement connues, et un suivi médical approprié en milieu professionnel  permettront de préserver la santé des travailleurs et de sauvegarder ainsi l’emploi dont ce métier est générateur.
Je tiens à remercier toutes celles et tout ceux qui m’ont  encouragé et  aidé dans la réalisation de ce travail et à leur  tête mon maitre et ami le professeur Salim Nafti président de la Société  Algérienne de Pneumophtisiologie et Médecin chef de service de Pneumophtisiologie du CHU Mustapha d’Alger à qui j’ai fait part de l’idée de l’action que je voulais mener  envers ces jeunes ouvriers il y a presque deux ans et qui n’a ménagé depuis, aucun effort pour m’orienter et me soutenir afin que ce travail soit réalité. Qu’il trouve ici l’expression de ma reconnaissance et de ma profonde gratitude. 
Je remercie également  Le Pr Jean-François Dessanges du service de Physiologie Respiratoire de l’Hôpital Cochin de Paris, Le Pr Jean François Tessier du service d’Epidemilogie du CHU de Bordeaux, le Dr Carole Donnay du Service de Pathologie Respiratoire de l’Hôpital Cochin à Paris, Le Dr Maria Gonzalez du service de Pathologie Professionnelle de l’Hôpital de Strasbourg, pour m’ avoir encouragé et mis à ma disposition une riche documentation m’ayant permis de mieux cerner les contours de la question de  la silicose chez les tailleurs de pierre.

Mes remerciements vont particulièrement à Monsieur Bouazghi Abdelkader Wali de la Wilaya de Batna dont l’engagement et la détermination pour apporter une solution au problème des tailleurs de pierre de la région de Tkout, ont renforcé ma motivation pour mener à bien mon travail. Je remercie également tous les services de la Wilaya de Batna et en particulier la direction de la santé et de la population, l’APW et l’APC de Batna, la Daira et l’APC de Tkout,  l’Institut National de Prévention des Risques Professionnels  et  tous mes confrères du secteur sanitaire d’Arris ainsi que mes confrères  de Batna qui ont contribué de près ou de loin à la réussite de ce travail.


« Nous restons à l’écoute de toute suggestion ou remarque de nature à enrichir ce travail cliquez : info@stonecarvers-dz.org ».

 
 
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